Fool Night – Tome 1 & 2

Au mois de mai 2022, l’éditeur Glénat lançait en France la première série d’un nouveau mangaka : Kasumi Yasuda. Fool Night, dont le deuxième tome est disponible depuis le 21 septembre, est un seinen assez sombre tant sur la forme que sur le fond, mettant en scène une humanité désabusée tentant de survivre malgré tout, en transformant les mourants en plantes indispensables à la vie de tout un chacun. Mais après tout, c’est toujours agréable de recevoir des fleurs…

La Nuit des fous (vivants ?)

 Dystopie florale

Depuis cent ans, un épais nuage empêche le soleil d’éclairer la Terre. La nuit et l’hiver se prolongèrent à jamais et la plupart des végétaux périrent. L’humanité plaça ses espoirs dans la technique de “transfloraison”, consistant à transformer un humain en plante. Bien évidemment, ces opérations sont limitées aux personnes en fin de vie, pour une raison éthique… mais lorsqu’une prime de dix millions de yens est accordée aux volontaires, certains n’hésitent pas à contourner les règles pour s’inscrire sur les listes. Toshiro est l’un d’entre eux : sans aucun avenir et fatigué de la vie, il va choisir de se transformer en plante. Mais cette opération va lui accorder des talents qu’il ne soupçonnait pas !

Glénat
Le soleil n'éclaire plus la terre dans "Fool Night"

Dans Fool Night, l’Homme, artiste de sa destruction, a plongé la Terre dans le noir total, tuant du même coup la plupart des végétaux indispensables à toute vie terrestre. Un immense nuage, empêchant les rayons du soleil de passer jusqu’au sol, s’est formé cent ans plus tôt et impose un hiver permanent. Encore capable de s’adapter, les humains ont mis au point une technique, la “transfloraison”, permettant de faire pousser n’importe quelle plante à l’intérieur d’une personne, la transformant au final en végétal à part entière, végétal qui n’a besoin que de très peu de lumière pour exister et remplir sa fonction de créateur d’oxygène.

Pour des raisons éthiques, ce procédé n’est réalisable que sur la base du volontariat et ne concerne que des personnes au seuil de la mort. Celles-ci voient leur espérance de vie un peu rallongée et perçoivent une indemnité de dix millions de Yens. Mais dans ce monde où la survie est difficile et la pauvreté une norme, ce pactole alléchant pousse beaucoup de gens à vouloir contourner les règles. C’est le cas de Toshiro, un jeune homme vivant avec une mère démente et dangereuse dans ses accès de folie. Ayant perdu toutes ses illusions, sans argent et blessé par le couteau maternel car il ne peut plus lui procurer son traitement, Toshiro demande une transfloraison après avoir ingéré des eaux industrielles empoisonnées.

"Yomiko" fera tout pour tenter de dissuader son ami de se faire transflorer

À l’institut, il retrouve son amie d’enfance, Yomiko, qui travaille sur place. Elle essaye de l’en dissuader par tous les moyens et, devant l’inflexibilité de son ami, demande à être écartée du dossier. Yomiko retrouvera Toshiro une fois opéré, celui-ci ayant développé l’étrange pouvoir de comprendre les Sanctiflores (plantes issues d’êtres humains) et de pouvoir communiquer avec elles. Elle va alors lui proposer un poste au sein de l’Institut dans lequel elle travaille et lui demander de l’aider à retrouver une Sanctiflore bien particulière, issue d’une jeune fille qui voulait aller au Pôle Sud. Le compte à rebours a commencé pour Toshiro, dont le premier travail sera d’aider une pianiste connue à retrouver son père transfloré. Mais la demande de la concertiste ne semble pas vraiment animée par l’amour filial…

La pianiste qu'aide "Toshiro" veut se débarrasser de l'influence de son père

Lisez un extrait de Fool Night – Tome 1 ici !

Au nom de la rose

Fool Night est un récit d’anticipation dystopique où le jeune auteur Kasumi Yasuda a su créer un univers original, où humains et végétaux se confondent. Avec un graphisme rappelant parfois Otomo ou encore Urasawa, le titre a été plébiscité par des auteurs comme Sui Ishida (Tokyo Ghoul) et Shuzo Oshimi (Les Liens du sang), qui admirent ce jeune talent. Une belle surprise, pour tous ceux qui aiment découvrir une nouvelle génération de mangaka.

Glénat

Depuis quelque temps, nous avons la chance de voir débarquer dans nos contrées une nouvelle génération de mangakas aussi talentueux qu’intéressants. Kasumi Yasuda ne fait pas exception à la règle. Dans cette première œuvre, on peut déjà sentir la maîtrise en dessin de l’auteur, et, bien que n’étant pas fan des graphismes en eux-mêmes, je ne peux pas nier ses qualités.

Un exemple de "Transfloraison"

Tout d’abord, le style graphique de Fool Night n’a rien de scolaire et M. Yasuda possède un univers original bien à lui, émaillé d’une mise en scène efficace, dont certains plans sont franchement atypiques, dynamiques, même dans leur immobilité. Je prendrais comme exemple les scènes où Toshiro communique avec les plantes, sa tête se transformant alors sans que l’on sache si c’est réel ou une projection de ce qu’il ressent. Malgré un environnement sombre, les cases de Fool Night, elles, restent toujours claires et lisibles, le contraste entre les deux renforçant le sentiment d’oppression qui nous étreint à la lecture.

Les deux amis d'enfance se retrouvent dans "Fool Night"

Full Night

Une fois n’est pas coutume, je ne sais pas vraiment par où commencer… J’ai un avis certain sur les deux premiers tomes de Fool Night, mais, pour une fois, j’ai du mal à l’exprimer, comme si je n’arrivais à dégager de l’œuvre qu’un flot de ressentis. À l’instar du héros Toshiro quand il communique avec les Sanctiflores, ce magma de sentiments est difficilement transposable en mots et cela est déjà un signe en soi. Fool Night se vit et s’éprouve bien avant de se réfléchir. Dans cet univers où la jeunesse est condamnée à cause des actes de ses prédécesseurs, l’évolution de Toshiro, que nous rencontrons écolier dans les premières pages du manga, est très révélatrice.

Toshiro était un enfant joyeux dans "Fool Night"

Enfant joyeux, ouvert aux autres et rêvant de devenir musicien (et ce malgré sa mère violente), il grandit en un adulte blasé, désespéré, sans autre but que de se changer en plante pour ne plus avoir à souffrir. Il n’en perd pas pour autant son côté humain et empathique, que son amie d’enfance arrive à réveiller régulièrement en lui. Yomiko a quant à elle toujours été distante et coupée des autres, parce qu’obligée par ses parents à être la meilleure. Elle n’a eu un semblant d’enfance que grâce à Toshiro avec qui elle pouvait enfin laisser libre court à sa personnalité. Brillante fonctionnaire, Yomiko a réussi sa vie et a évolué à l’inverse de son comparse.

La pauvreté pousse Toshiro dans ses retranchements dans "Fool Night"

Le contraste entre ces deux personnages montrerait-il que pour être heureux dans cette vie sans lumière il faut avoir une vision lucide et cynique du monde ? Vous l’aurez compris, beaucoup de thèmes abordés ici amèneront à une réflexion de votre part. Entre le débat pro-transfloraison contre anti-transfloraison (qui résonne avec le débat actuel sur la fin de vie), les mutations dont semblent bénéficier certaines Sanctiflores et les pouvoirs de Toshiro, les mystères sont nombreux à l’issue du deuxième tome et j’attends impatiemment de pouvoir creuser un peu plus aux racines de ces questions par la suite.

Le héros rêve de devenir "musicien"
Pour conclure…

Avec Fool Night, le jeune Kasumi Yasuda signe un premier manga extrêmement prometteur. Ce récit dystopique amer sur la condition humaine et son rapport à la survie fera germer en vous la graine d’une réflexion sur ce qui nous attend dans l’avenir sans une prise de conscience collective. Fool Night remue insidieusement ses lecteurs et si vous êtes adeptes de ce style d’intrigues, je ne saurai trop vous conseiller de vous procurer d’urgence les deux premiers tomes en attendant le volume trois calé pour le 2 novembre prochain.

Dans le même genre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *