Le Livre des Sorcières – Tome 1 & Tome 2

Prépublié en 2017 dans le magazine Shojo Nemuki+, Le Livre des Sorcières (Majo wo Mamoru de son titre original) arrive aux éditions Glénat. Créé par Maki Ebishi, ce manga nous conte, de façon romancée, la vie de Jean Wier. Médecin néerlandais précurseur de la psychiatrie et farouche opposant à l’obscurantisme sévissant à son époque, il s’est dressé contre la chasse aux sorcières à l’instar de son mentor Agrippa de Nettesheim. Un manga historique en trois tomes au total (le dernier est prévu pour le mois d’avril 2022) et ayant pour décor le Moyen Âge européen. Un mélange qui augure du bon !

De occulta philosophia

La mission qui va changer la vie de Jean dans le "Livre des Sorcières"

Jean Wier est un personnage historique, médecin et opposant à la chasse aux sorcières. C’est son histoire que nous suivrons dans ce très beau seinen en 3 tomes, pour explorer le Moyen Âge avec ses sorcières, ses loups-garous, la peste et le combat sans fin contre l’obscurantisme. Ebishi Maki retranscrit avec élégance cette période historique à travers des épisodes qui ont marqué la vie de son personnage principal. Entre récit historique, conte horrifique et enquête policière, vous serez vite happés par la vie passionnante de Jean Wier !

Glénat
"Jean Wier" se heurte souvent aux préjugés et à l'ignorance.

Découvrez un extrait du manga Le Livre des Sorcières – Tome 1 ici !

Dans Le Livre des sorcières, tout commence par une rencontre. Une rencontre entre un petit garçon et une jeune fille qui prétend voir des nymphes et avoir des pouvoirs magiques. Malheureusement, ce n’est pas un conte de fée et cette histoire se termine dans le sang et les larmes. Au XVIème siècle il ne fait pas bon être soupçonné de sorcellerie et la jeune fille en paiera le prix fort. Bien des années plus tard, le jeune garçon est devenu le médecin personnel du Duc Guillaume de Clèves, dont il soigne la sœur Amélie atteinte d’épisodes de démence. Alors qu’il vient de finir d’examiner sa patiente, Jean Wier (car c’est bien de lui qu’il s’agit), se voit confier une mission par le duc. Il doit se rendre dans un village au sud du pays, afin d’enquêter sur une jeune fille qui affirme avoir été attaquée par un loup-garou. Jean tente de refuser la mission mais le noble insiste pour que ce soit lui qui s’en occupe. Wier l’ignore encore, mais s’occuper de cette affaire va l’amener à faire face à son passé et à se remémorer tous les moments importants de sa vie, pour le meilleur et pour le pire.

"Cornelius Agrippa" fut le mentor de Wier

Pseudomonarchia daemonum

Jean est sur les traces d'un loup-garou dans le  "Livre des Sorcières"

En choisissant de dessiner un manga historique sur la vie de Jean Wier, Maki Ebishi a fait le choix de se documenter au maximum. Même si certains éléments du Livre des Sorcières sont inventés pour servir le récit, la plupart des détails de la vie du médecin sont exacts. Évidemment, l’enquête sur le lycanthrope ainsi que le traumatisme de jeunesse du héros n’ont pas de source historique, mais cela permet de créer un terreau fertile pour que l’on puisse s’attacher à ce personnage. Le trait très fin de la mangaka habille avec grâce et élégance les planches. Les cases, très épurées, permettent de se concentrer sur les expressions faciales des protagonistes que l’artiste arrive à rendre très expressifs, avec de subtils changements dans les dessins. On alterne entre les scènes de la vie quotidienne de Jean et les moments plus dramatiques de son existence que l’on ressent tout aussi puissamment. Autre chose, même s’il est beaucoup question de la chasse aux sorcières et de ses conséquences, Maki Ebishi évite délibérément de représenter les tortures et les exécutions dont étaient victimes ces femmes. Pourtant, le sujet n’est pas expédié d’un revers de la main. Non, il s’agit bien d’un thème majeur du manga développé suivant différents points de vue. La violence des actes est simplement représentée ou évoquée avec beaucoup de pudeur, ce qui ne dessert pas le propos, bien au contraire.

Les cases sont épurées dans le  "Livre des Sorcières"

Malleus Maleficarum

Si je connaissais déjà Jean Wier avant la lecture de ce manga, je dois avouer que c’est plus pour ses écrits en démonologie que pour ceux en psychiatrie. Pareillement, j’ignorais totalement qu’il avait mené un combat féroce contre les procès en sorcellerie qui étaient légion à son époque, et qu’il avait été le disciple d’Agrippa. J’ai donc pu découvrir une nouvelle facette de ce personnage historique sur fond de peste noire et de Moyen Âge obscurantiste. Étant une période de l’histoire sur laquelle je me suis beaucoup documentée, l’intrigue du Livre des Sorcières a beaucoup raisonné en moi et je n’ai absolument pas été gênée par les libertés prises avec l’Histoire. Avec des yeux de 2022, la façon de penser du XVIème siècle paraît archaïque et si l’on comprend que la peur amène le rejet et que l’ignorance génère la peur, on prend tout de même faits et causes pour ces prétendues sorcières, qui n’en étaient bien souvent pas. Du coup, chaque échec de Jean à sauver une innocente nous atteint autant que lui. Je dois avouer que malgré le fait que Wier soit le protagoniste principal du Livre des Sorcières, je me suis sentie beaucoup plus proche de la façon de penser de son maître. Là où son élève pense que les attitudes étranges désignant les femmes comme sorcières peuvent s’expliquer par un excès de bile noire et se soigner avec des médicaments, Agrippa, quant à lui, va plus loin en condamnant l’église romaine, qu’il considère comme corrompue. Il affirme que celle-ci maintient intentionnellement le peuple dans l’ignorance pour mieux le contrôler par la peur. Un propos intéressant, servi dans une intrigue qui mélange tranches de vie, action et enquête.

Le mécanisme de la peur amène souvent des atrocités dans le  "Livre des Sorcières"

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