L’Oiseau d’or de Kainis – Tome 4

Ça y est, nous y voilà ! C’est avec ce quatrième tome de L’Oiseau d’or de Kainis que prennent fin les aventures de Lea Void et de son alter-ego masculin Alan Wedgewood, dans une Angleterre victorienne qui ne laisse que peu de place aux femmes. Avec sa sortie le 1er mars 2023, Glénat apporte un point final au constat un peu amer à un shōjo décidément pas comme les autres.

Cœur de garçon

La littérature est un art réservé aux hommes.

Début du XIXe siècle, à l’est de Gloucestershire, Lea grandit au milieu de livres “inaccessibles pour son cerveau féminin” et se passionne pour l’écriture, un art réservé à la gent masculine. C’est donc sous l’identité fictive d’Alain Wedgwood qu’elle va débarquer à Londres pour faire publier ses ouvrages, se plonger dans le monde littéraire et se faire de nouveaux amis. Que va-t-elle pouvoir découvrir sous sa nouvelle apparence ?

Cette série en 4 tomes s’interroge sur le sexisme avec douceur. Candide, mais lucide, Lea va trouver les réponses à ses questions au fil de ses rencontres londoniennes et vous offrira peut-être une autre manière d’aborder le shōjo.

Glénat
"Lea Void" l'héroïne du manga
KAINIS NO KIN NO TORI © 2019 Kazuki Hata / EAST PRESS CO., LTD.

À la base de L’Oiseau d’or de Kainis, il y a une jeune fille, Lea Void, dont la plus grande passion est la lecture et l’écriture de fictions. Jusque-là, rien de très extraordinaire. Sauf que Lea est né dans un petit village de l’Angleterre au début du XIXᵉ siècle, où elle n’est absolument pas prise au sérieux du fait de son sexe. Tenace et bien décidée à prouver que les femmes sont aussi intelligentes et douées que les hommes, Lea envoie son manuscrit à une maison d’édition londonienne, sous le pseudonyme d’Alan Wedgewood.

Lea décide d'aller à Londres pour rencontrer son "éditeur"
KAINIS NO KIN NO TORI © 2019 Kazuki Hata / EAST PRESS CO., LTD.

La réponse, positive, ne se fait pas attendre et le manuscrit est publié, lançant la carrière de Lea, qui décide de se rendre à Londres pour rencontrer son éditeur. C’est donc travestie en Alan que la romancière se présente aux bureaux de J.P. Colette Book. Elle y rencontre Myles Keats, un auteur dont elle est fan et entre eux l’amitié est immédiate. Myles l’introduit auprès d’autres écrivains de sa connaissance et Lea / Alan découvre un monde dont elle n’avait jusqu’ici même jamais rêvé, faite de liberté et de reconnaissance. S’installant définitivement à Londres, dans la chambre voisine de Myles, la romancière va commencer à travailler sur son deuxième roman, Alan Wedgewood devenant son identité à temps plein.

"Myles Keats" découvre qu'Alan est en réalité une femme
KAINIS NO KIN NO TORI © 2019 Kazuki Hata / EAST PRESS CO., LTD.

Mais alors que Myles, qui a découvert son secret, lui avoue ses sentiments, Alan s’interroge sur sa place dans cette société, conforté par toutes les rencontres édifiantes qu’il a pu faire. Quelle sera donc sa conclusion ?

La g-Alan-terie du supp-Lea-nt

Lea a terminé son deuxième manuscrit, toujours signé du pseudonyme masculin Alan Wedgewood. Résidant à Londres, elle y fait de nombreuses rencontres qui la transforment peu à peu. Parmi elles, Jared, une femme de lettres travestie en homme, Carl, ténébreux auteur à succès, ou encore Myles, qui vient de lui avouer ses sentiments… Au cœur de la société anglaise du XIXe siècle, qui considérait le “sexe faible” comme inférieur, ce dernier tome clôt le récit du parcours de cette jeune femme déterminée.

Glénat
D veut confronter Myles et son frère Théo dans "L'Oiseau d'or de Kainis"

Le volume final de L’Oiseau d’or de Kainis s’ouvre sur une partie de carte entre Théo, le jeune frère de Myles qui n’a toujours pas quitté Londres, et Mister D, un romancier et connaissance de nos héros. Alors que Théo est en mauvaise posture après avoir perdu tout son argent, Roy, le compagnon de D, Carl de son vrai nom, intervient pour lui sauver la mise. De fil en aiguille, Théo se retrouve à loger chez l’auteur blasé. Mais celui-ci, se doutant des liens entre Théo et Myles, y voit une occasion de tromper son ennui en l’invitant à dîner en compagnie d’Alan. Une fois arrivé au manoir, D propose à Myles un petit jeu, retrouver Théo qui a disparu, le gagnant pouvant poser une question au perdant et auquel celui-ci aura l’obligation de répondre.

Carl et Roy forment un couple unis dans "L'Oiseau d'or de Kainis"

Pendant que les deux hommes cherchent le fugitif, Alan discute avec Roy de sa relation avec Carl et en apprend un peu plus sur les circonstances de leur rencontre et du début de leur amour. Forte de cet exemple, Lea décide de s’ouvrir un peu plus à ce qu’elle ressent envers son voisin de chambre et décide de mener une série d’expériences pour y voir plus clair. Une fois que Myles a réglé ses comptes avec son passé et avec son frère, Lea, sous sa véritable identité, lui demande de l’accompagner dans les rues de Londres. Une excursion qui va se révéler riche en enseignements.

Lea souhaite voir Londres en endossant sa vraie identité dans "L'Oiseau d'or de Kainis"

Lisez un extrait de L’Oiseau d’or de Kainis – Tome 4 ici !

Ce que veulent les dames

Myles règle enfin ses comptes avec son passé dans "L'Oiseau d'or de Kainis"

C’est avec une émotion certaine que j’écris ces lignes, sachant que c’est la dernière fois que je vous livre mon avis sur L’Oiseau d’or de Kainis. Si vous avez lu mes critiques des tomes précédents, vous savez à quel point j’ai été touchée par cette histoire dans laquelle une jeune femme refuse la place que l’on veut lui imposer. Dans une société patriarcale où les femmes sont bridées et peu considérées, elle choisit de se travestir en homme pour pouvoir enfin vivre de sa passion : l’écriture.  Et c’est à travers son regard et son ressenti que Kazuki Hata nous livre une critique de la société, tout en amenant son lecteur à évoluer en même temps que son héroïne.

Lea s'ouvre à ses "sentiments" pour Myles

Si le dessin aux traits assez doux de l’artiste, ainsi que l’ambiance générale du manga reste tendre et bienveillante, le propos n’en est en pas pour autant diminué, avec Lea qui cherche à trouver sa place dans un monde dans lequel elle n’est véritablement reconnue pour son travail qu’au travers d’Alan. Elle s’interroge beaucoup également sur sa relation avec Myles, et c’est l’exemple de Carl et Roy qui va lui permettre d’évoluer en se laissant une chance d’écouter ses sentiments. L’excursion londonienne de Lea, sous son apparence de femme, et Myles est édifiante et amène la jeune fille à l’âpre constat que même si, une fois Alan Wedgewood célèbre, elle se dévoile en tant que femme, les gens continueront de la traiter différemment du fait de son sexe.

Le constat est amer pour Lea à l'issue de sa balade en tant que "femme"

Cependant, elle a tout de même réussi à faire évoluer son amoureux qui, au-delà de sa condition de femme, voit en elle un égal et un auteur dont il apprécie le travail. Un brin d’espoir et d’optimisme donc, impliquant qu’il est tout de même possible d’agir à son niveau. C’est avec tristesse et un peu de buée dans les yeux que j’ai reposé ce volume 4, point final en apothéose de L’oiseau d’or de Kainis. Et si on ne comprend toujours pas à quoi fait référence L’Oiseau d’or de Kainis dans le manga, j’ai choisi de croire qu’il s’agit du titre du premier roman de Lea sous l’identité d’Alan. De quoi me permettre de clore sereinement et sans aucun regrets cette série qui m’a profondément touchée tout au long de ces quatre tomes.

Lea ne peut pas rencontrer son éditeur en tant que femme dans "L'Oiseau d'or de Kainis"
Pour conclure…

Voilà bien une conclusion parfaite pour L’Oiseau d’or de Kainis, qui emmène son propos jusqu’au bout et sans une fausse note. En choisissant de terminer son manga sur un constat aigre-doux pour son héroïne, Kazuki Hata nous démontre que même si rien n’est jamais figé, il faut plus d’un individu pour amorcer un changement en profondeur de la société. Toutefois, ce tome 4 reste rempli d’optimisme et d’espoir et c’est un petit crève-cœur de laisser là Lea et Myles tant on s’est attaché à eux. Voilà bien un dernier volume que l’on ne referme qu’à contrecœur, avec un peu d’émotion et, maintenant que la série est complète, vous n’avez plus aucune excuse pour ne pas découvrir l’univers tendre, optimiste et pourtant mélancolique de L’Oiseau d’or de Kainis.

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