Pour le Pire – Tome 1 à 5

Après l’adaptation d’un roman de 1899 et une revisitation de la révolution française, Taro Nogizaka se lance en 2019 dans une nouvelle série : Natsume Arata no Kekkon. Elle est parue chez nous sous le titre, bien trouvé, de “Pour le pire” aux éditions Glénat. La publication en est à son cinquième tome qui est disponible depuis le 16 mars 2022. Les tomes sont également disponible chez Izneo ici. Un rendez-vous à ne pas manquer pour vous présenter ce manga aussi intrigant qu’intelligent.

Jusqu’à ce que la mort nous sépare…

Le clown de Shinagawa avait défrayé la chronique lors de son arrestation : cette tueuse en série corpulente, déguisée en clown, avait découpé et caché les corps de ses victimes… Pour aider l’enfant d’une victime à retrouver la tête de son père, Arata Natsume, assistant social, va la rencontrer. Mais contre toute attente, une frêle et fragile jeune fille arrive en face de lui. Est-elle vraiment un monstre sanguinaire ? Pour le savoir, Arata va devoir se livrer à un jeu dangereux en se prétendant amoureux d’elle… Une héroïne serial killer, mythomane, psychopathe mais néanmoins sensible et attendrissante… Comme Arata, vous succomberez vite aux charmes venimeux de cette héroïne hors du commun, et suivrez avec intérêt cette enquête qui n’est pas sans rappeler Mindhunter. Et comme toujours, les traits de Nogizaka sculptent avec réalisme toute la beauté et la noirceur de l’âme humaine !

Glénat
Shinju est "l'héroïne machiavélique" du manga

Arata Natsume, la trentaine, est un travailleur social aux méthodes…musclées. Ayant eu lui-même une enfance difficile, il lui est impossible de refuser d’aider Takuto Yamashita, un adolescent dont le père a été tué par Bozo Shinagawa (surnom donné à une tueuse en série obèse déguisée en clown). Afin de retrouver la tête de son père qui est toujours portée disparue, Takuto a décidé de prendre contact par lettre avec la meurtrière en prenant l’identité d’Arata. Le seul problème, c’est que la condamnée à mort refuse désormais de discuter avec lui s’il ne la rencontre pas en personne. Arata accepte donc de remplacer Takuto et d’aller voir Shinju Shinagawa pour essayer de lui soutirer la cachette du couvre-chef de sa troisième victime.

Arata va se retrouver à "épouser une tueuse en série"

Arrivé au parloir, quelle n’est pas la surprise de notre héros quand il découvre une jolie jeune fille de 21 ans, mince, à l’antithèse de la fille obèse et débile décrite dans les médias. Quand elle tourne les talons sans lui laisser le temps de s’exprimer, Arata pris de panique tente de la retenir par tous les moyens et, par un coup de bluff, lui propose de l’épouser prétextant des sentiments très forts pour elle. S’engage alors un duel psychologique dans lequel les mensonges et les faux semblants sont de mise. Entre l’assistant social et la tueuse, une relation étrange et ambiguë se met en place, entre attirance, manipulations et menaces.

Arata arrivera-t-il à gagner la confiance de Shinju et à lui faire avouer ses secrets ? Et est-elle réellement la psychopathe qui a tué trois hommes ? Avant de pouvoir répondre à ces questions, le compte à rebours est lancé pour Arata car le procès en appel de Shinju est pour bientôt et qu’elle compte désormais tout tenter afin d’être libérée et de pouvoir vivre avec son mari. Une vie de couple qui s’annonce Pour le pire …

"Shinju" sait parfaitement manipuler son monde

Faites entrer le clown

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Taro Nogizaka aime les personnages troubles et ambigus, dont il a fait sa marque de fabrique. Que ce soit dans La Tour fantôme ou dans Le 3e Gédéon, le mangaka aime donner une place importante à la psychologie de ses protagonistes.

"Un duel à la vie, à la mort" est en place entre les personnages

Au-delà d’une écriture fine, cela se ressent également dans son dessin. Avec “Pour le pire”, les héros sont beaux, que ce soit Arata, style mauvais garçon dans la trentaine, ou Shinju, jeune fille qui outre sa dentition atroce possède un joli visage. Mais tout cela change au fil des cases et des sentiments des individus. À tel point que la trogne des uns et des autres vire systématiquement au grotesque, voire à l’affreux, et ce pour refléter au mieux l’état d’esprit de celui qui le ressent. Pour nous, témoins extérieurs de l’histoire, cela donne des angles de réflexion intéressants sur les faits en train de se dérouler.

La collègue d'Arata est complètement subjuguée par Shinju dans “Pour le pire”

Reste une petite part de nous qui ne peut s’empêcher de penser que parfois on est mené en bateau, et que certaines réactions qui paraissent instinctives de prime abord ne le sont en fait pas tant que ça. De même, l’auteur prend son temps pour installer l’action et nous en présenter les acteurs. Le rythme semble posé, mais on s’aperçoit bien vite que les événements s’enchaînent de plus en plus vite, la tension montant crescendo à mesure qu’Arata progresse dans son enquête et dans sa découverte des zones d’ombres de Shinju. Beaucoup d’éléments implicites nous sont suggérés de façon très subtile par une gestuelle des personnages ou par la narration environnementale. Ce qui rend le lecteur attentif au moindre détails des cases, allant jusqu’à revenir en arrière par la suite, à la lumière d’une nouvelle révélation.

L’ambivalence du prédateur

On ne sait plus qui ment et qui à raison dans “Pour le pire”

Si je devais vous décrire “Pour le pire” en un mot, ce serait sans doute : perturbant. Le manga joue avec vos nerfs en permanence et s’amuse à rebattre les cartes de façon constante, à un tel point que l’on ne sait vraiment plus qui ou quoi croire. La seule ancre à laquelle nous raccrocher dans l’intrigue est le personnage d’Arata. Lui, pas de soucis pour connaître son avis, puisque le récit se déroulant de son point de vue, nous avons accès à ses pensées. L’énigmatique Shinju par contre, c’est une autre paire de manches. L’héroïne possède de multiples visages et tantôt on la croit incapable d’avoir perpétré les atrocités dont elle est accusée, tantôt cela ne fait plus aucun doutes pour le lecteur. On passe constamment d’un sentiment à l’autre au gré de ce que va bien vouloir nous dévoiler Shinju.

Cela influe également sur notre vision d’Arata, qui ne vacille jamais de sa conviction que sa femme est coupable. Le lecteur se retrouve donc parfois de son côté et parfois contre lui. En gros, on passe son temps à revoir son opinion pour au final se laisser totalement porter par l’histoire, tellement il devient impossible d’avoir un avis tranché. Une chose est sûre, quel que soit le rôle qu’endosse Shinju (calculatrice, fragile, psychopathe, naïve ou menteuse), elle reste pour moi l’un des personnages les plus intéressants et les mieux écrits de l’univers du manga. Tout au long de ces cinq tomes se déroule une partie d’échec dans laquelle les joueurs ont plusieurs coups d’avance sur nous, mais où aucun n’a réellement l’ascendant sur l’autre. Et, bien évidemment, il est impossible, voire inconcevable, de ne pas vouloir suivre ce duel jusqu’à son dénouement.

Mensonges et coup de poker sont légion dans “Pour le pire”
Pour conclure…

Au final, “Pour le pire”, loin d’une histoire d’amour classique, joue plus sur les non-dits et la fascination tordue qu’exerce la tueuse sur son mari d’infortune. Un vrai bon thriller psychologique qui va ébranler toutes vos certitudes. Si vous aimez être déstabilisés et baladés par un récit génial qui se jouera de vous comme un chat avec une souris, Pour le pire est fait pour vous. Merci à Izneo et Glénat pour cette belle découverte !

Dans le même genre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *