Pour le Pire – Tome 6 & 7

Cela fait plus d’un an que l’éditeur Glénat nous a conduit à rencontrer ce couple atypique, héros de Pour le pire, un manga de Taro Nogizaka. La série vient d’arriver à son septième tome (disponible depuis le 21 septembre 2022) et c’est avec impatience que nous retournons au tribunal pour le procès de Shinju Shinagawa, qui semble nous réserver encore de nombreuses surprises.

Sueurs froides

Le clown de Shinagawa avait défrayé la chronique lors de son arrestation : cette tueuse en série corpulente, déguisée en clown, avait découpé et caché les corps de ses victimes… Pour aider l’enfant d’une victime à retrouver la tête de son père, Arata Natsume, assistant social, va la rencontrer. Mais contre toute attente, une frêle et fragile jeune fille arrive en face de lui. Est-elle vraiment un monstre sanguinaire ? Pour le savoir, Arata va devoir se livrer à un jeu dangereux en se prétendant amoureux d’elle…Une héroïne serial killer, mythomane, psychopathe mais néanmoins sensible et attendrissante… Comme Arata, vous succomberez vite aux charmes venimeux de cette héroïne hors du commun, et suivrez avec intérêt cette enquête qui n’est pas sans rappeler Mindhunter. Et comme toujours, les traits de Nogizaka sculptent avec réalisme toute la beauté et la noirceur de l’âme humaine !

Glénat
"Shinju" est un mystère à elle toute seule

Pour le pire, c’est avant tout une histoire de mariage. Un mariage d’apparat entre une serial killeuse psychopathe, d’une intelligence redoutable, et un travailleur social, tendance mauvais garçon mais extrêmement malin. Arata Natsume travaille dans un service de protection de l’enfance et mène sa vie en essayant de venir en aide à des mômes perdus. Quand l’un de ces enfants le recontacte, il ne se doute pas un instant que sa vie est en train de basculer à jamais. Takuto, dont le père a été tué par Bozo Shinagawa (une tueuse en série obèse déguisée en clown, qui est accusé d’avoir assassiné et démembré trois hommes) annonce au jeune homme avoir commencé une correspondance avec la criminelle pour lui soutirer l’emplacement de la tête de son père qui est toujours portée disparue.

"Arata" ignore sur quel pied danser avec Shinju

Le hic, c’est que le garçon s’est fait passer pour Arata et que la psychopathe refuse de continuer à répondre si l’auteur des lettres ne vient pas la voir en personne. Coincé, l’adolescent demande à Arata de se rendre au parloir pour rencontrer Shinju Shinagawa et essayer de lui soutirer la localisation du crâne manquant. N’écoutant que son sens du devoir, l’assistant social accepte et, le jour J, il est surpris de se retrouver devant une mignonne et frêle jeune fille, aux antipodes de l’image véhiculée par les médias, si l’on excepte son affreuse dentition. Après un regard et quelques mots échangés, la prisonnière fait subitement demi-tour, refusant de parler plus avant à l’homme derrière la vitre.

Shinju est un paradoxe dans "Pour le pire"

Paniqué, Arata tente un ultime coup de bluff en lui expliquant être tombé fou amoureux d’elle. Il va même jusqu’à lui demander de l’épouser pour gagner du temps. De mensonges en omissions, voilà désormais Arata et Shinju unis par les liens sacrés du mariage, alors que s’ouvre le procès en appel de Shinju. Arrivée au tribunal habillée avec la tenue de Mathilda dans le film Léon, tenue offerte par Takuto, présent au procès, afin de mieux comprendre l’attirance de son père pour l’accusée, celle-ci sort enfin du silence et désigne comme coupable son père présumé qui est porté disparu. Mais Arata n’est pas dupe et il est convaincu que la réponse est plutôt à chercher du côté de sa “belle mère”…

Découvrez notre avis complet sur Pour le Pire – Tome 1 à 5 ici !

Love sorry

Arata Natsume, employé aux services d’aide à l’enfance, la trentaine et célibataire, prend contact avec Shinju Shinagawa. Cette détenue de 21 ans est condamnée à mort pour le meurtre de trois hommes, parmi lesquels le père d’un enfant dont Arata a la charge. Mais au cours d’une de leurs entrevues au parloir, Arata demande Shinju en mariage, un coup de bluff qui les conduit de fil en aiguille à réellement se marier. La jeune femme sort alors de son silence pour clamer son innocence, à la surprise du tribunal. Plus tard, elle révèle aussi à Arata qu’elle a enterré quelque chose dans la région natale de sa mère. Il s’y rend alors pour exhumer le passé…

Glénat
Pendant le "procès" Shinju est malmenée

Dans les volumes 6 et 7 de Pour le pire, le procès de Shinju continue de plus bel. Alors que l’accusation se penche sur la personnalité de la mère de l’assassin présumée, elle perd son sang froid, obligeant le juge à suspendre l’audience. Tandis qu’Arata tente d’éloigner Takuto, qui semble être tombé sous l’emprise de la jeune femme, le procès reprend. Bien décidé à tout tenter pour sauver sa cliente, l’avocat de la défense concentre sa plaidoirie sur le père introuvable, mais les agissements incompréhensibles de Shinju, ainsi que son aveu de vouloir mourir, lui rendent la tâche ardu et la séance est finalement reportée à une date ultérieure, le comportement de la jeune femme devenant de plus en plus erratique. Voulant creuser la piste des abus maternel, Arata décide de reprendre contact et de demander conseils à sa propre mère.

"La mère de Shinju" celle par qui tout arrive

Malgré que le trentenaire n’ait jamais été maltraité par sa mère volage et absente, son enfance l’a profondément marqué et il pense ainsi se rapprocher de sa femme en comprenant mieux ses traumatismes. Peu après, lors d’une visite au parloir, Shinju met son époux sur la piste d’une mystérieuse valise qu’elle aurait enterrée quelque part dans le village natal de sa mère. Décidé à trouver le fin mot de l’histoire, Arata se rend sur place et trouve le bagage, mais ce qu’il découvre à l’intérieur est un élément crucial capable de tout bouleverser : le procès, le mariage de Shinju et Arata et même les sentiments de ce dernier envers la détenue. Il se trouve maintenant face à un choix : rendre publique sa découverte et rebattre les cartes ou bien se taire et garder les choses en l’état.

Arata vient de trouver une preuve incroyable dans "Pour le pire"

Lost in conclusions

Décidément, avec Pour le pire on est jamais au bout de ses surprises. Malgré le fait que l’intrigue avance inexorablement, je ne sais toujours pas sur quel pied danser. Taro Nogizaka prend un malin plaisir à brouiller encore plus les pistes dans ces derniers volumes, démontant par là même un certain nombre de théories que j’avais échafaudées. J’ai déjà évoqué le génie du mangaka dans la façon de retranscrire les expressions du visage au travers de ses dessins.

Arata est effarée par sa découverte dans "Pour le pire"

Dans les volumes 6 et 7 de Pour le pire, cette maîtrise atteint un niveau encore plus impressionnant. D’autant que le récit devient beaucoup moins bavard et que beaucoup de cases sont uniquement centrées sur les expressions faciales sans aucun texte. Un tournant beaucoup plus contemplatif qui n’est pas pour me déplaire, rendant l’observation essentielle à la recherche de la clé du mystère. Quand je lis Pour le pire, je ne suis plus une lectrice de fiction, mais un enquêteur qui traque le moindre indice pour essayer d’entrevoir la vérité. À l’instar d’Arata qui ne veut pas perdre Shinju, car il voit en elle la quintessence du némésis et la seule personne capable rivaliser avec lui, on se retrouve à lutter contre des émotions qui changent diamétralement d’une page à l’autre.

Les "sentiments" d'Arata pour ça femme se transforment

Les sentiments du travailleur social se modifient également au fil des pages, Shinju arrivant à titiller en lui la fibre du chevalier blanc à la défense de l’orphelin et du maltraité. Toujours convaincu de sa culpabilité et sachant pertinemment qu’elle le manipule, il s’attache tout de même à la tueuse et on craint qu’il n’ait atteint le point de non retour. J’en viens à craindre que le pauvre Arata n’en voit son jugement faussé et que cela ne le conduise à une issue fatale, car après tout il est lié à Shinju jusqu’à ce que la mort les séparent.

Retrouvez notre critique de Purgatory Girl – Tome 1 à 3 ici !

Pour conclure…

L’intrigue de Pour le pire continue de se développer petit à petit et si quelques questions ont trouvé des réponses dans ces deux derniers tomes, on sent bien que le récit est loin de nous avoir livré tous ses secrets. Entre une Shinju toujours aussi ambiguë et un Arata qui semble avoir succombé au charme dangereux de sa femme, bien malin qui saurait prédire les prochains événements. Au fil de ces derniers, on en perd notre latin et, pour le meilleur ou pour le pire… on en redemande !

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