Rétrospective Tetsuya Tsutsui

Salut les geeks ! Aujourd’hui, dans cet article un peu spécial, je vais vous parler de l’œuvre du mangaka Tetsuya Tsutsui ! Si vous souhaitez lire les mangas Prophecy et Manhole, n’allez pas au bout de cet article car je spoile un peu.

L’auteur

Tetsuya Tsutsui est un mangaka japonais qui a une quarantaine d’années. On ne sait pas grand-chose de lui, il n’est pas très médiatisé, il n’expose pas sa vie personnelle. Au début de sa carrière, il publie ses œuvres sur son site web (que l’on peut encore consulter aujourd’hui). En 2004, il est repéré par la maison d’édition Ki-oon et publie dans la foulée son tout premier manga relié, Duds Hunt, qui nous fait pas mal penser au film Fight Club. Ensuite, il publie Reset et Manhole. Après une période plus « tranquille », il publie en 2012 Prophecy puis Poison City qui traite de la censure des mangas au Japon, dont il a lui-même été victime. Dernièrement, il a publié Noise dont je vous parlerai en conclusion.

Prophecy

Prophecy est un manga en trois tomes qui met en scène l’histoire de la traque d’un individu dont le visage est couvert d’un journal en papier et qui prophétise sur des crimes sur « Yourtube ».

C’est la section de lutte contre la cybercriminalité de Tokyo qui le traque tout au long des trois tomes. Sur les images, vous retrouvez une particularité des pays d’Asie de l’Est comme le Japon et la Corée : les cybercafés ouverts 24h/24 et dans lesquels il est possible de loger comme dans un hôtel.

Voici les trois inspecteurs qui vont essayer d’interpeller Paperboy.

C’est ce nom que la masse a affublé au mystérieux individu. Tout au long des trois tomes, Paperboy impose une justice parallèle là où celle-ci a été insuffisante selon lui. L’auteur nous met alors face un dilemme : les actes de Paperboy qui essayent de rétablir une justice perdue sont-ils recevables même si ce sont des actes criminels ? Pour la police, évidemment non. Et une grande partie du manga décrit la traque de Paperboy. Dans les flashback, on en apprend un peu plus sur l’homme à l’origine de Paperboy. Informaticien, il a été humilié par un de ses employeurs. À la fin du premier tome de Prophecy, Tetsuya Tsutsui nous raconte la naissance du projet, trois ans avant. Je ne vous montrerai pas d’extraits imagés car c’est très violent, mais pour résumer des hommes travaillent sur un chantier tellement exténuant qu’ils finissent par mourir et parmi ces hommes, cinq d’entre eux deviennent amis. Le plus fragile finit par se tuer à la tâche devant le patron qui n’en a que faire ! Révoltés, ses quatre amis tuent le patron et c’est alors que la tête pensante de Paperboy a l’idée de tout ce que je vous ai raconté précédemment.

Dans la seconde moitié du deuxième tome, une péripétie vient renouveler l’intrigue. Un jeune homme pour qui Paperboy est « une légende » tente de passer à l’acte. C’est la goutte qui fait déborder le vase et s’ensuit alors l’épisode clé de l’intervention télévisée d’un député qui propose d’interdire la notion d’anonymat sur Internet. À la fin du tome 2, Paperboy menace ce député alors que le plus jeune du groupe criminel se remet en question et veut reprendre sa vie en main. Il appelle la police pour tout leur dire.

Dans le dernier tome du manga, tout s’accélère. La section de lutte contre la cybercriminalité met enfin des visages sur trois des membres de Paperboy, dont le cerveau. Ensuite, on avance dans le temps et la mascarade du député qui était passé à la télévision pour proposer une modification de la loi sur l’anonymat sur Internet est démasqué. En effet, grâce à un virus qu’il a déposé sur ses ordinateurs, Paperboy (Okuda) a pu mettre à jour qu’il a engagé des personnes pour écrire des faux commentaires en sa faveur. Paperboy a réussi, et avoir mis fin à la carrière politique de ce député véreux c’est comme l’avoir mis à mort.

À la fin du dernier tome de Prophecy, les Paperboy décident de se suicider en ingérant du poison. Heureusement, la tête pensante du groupe criminel a laissé des indices à la police pour qu’elle les retrouvent. Tout le monde n’est pas mort. Okuda a remplacé le poison de ses amis et il est le seul à mourir, au grand dam de l’enquêtrice qui aurait voulu le connaître. Tout au long du manga, elle est très interpellée par son intelligence. En effet, Paperboy a toujours un coup d’avance sur la police, qu’il mène en bateau. Les agissements de Paperboy ne sont pas infondés. S’il a fait tout ça, c’est pour avoir l’attention de l’enquêtrice sur laquelle il compte pour retrouver les ossements de son ami (mort sur le chantier) et les donner à son père.

Manhole

Manhole est selon moi l’œuvre la plus aboutie de Tetsuya Tsutsui, aussi bien au niveau de l’intrigue que des dessins.

Dans ce manga qui est également en trois tomes, tout commence lorsqu’un homme nu déambule, hagard, dans une ville japonaise du nom de Sasahara et finit par s’écrouler alors qu’il semble atteint d’un étrange mal qui a rongé un de ses yeux et lui fait vomir du sang. La police est alors dépêchée sur place et c’est ainsi que l’on rencontre nos deux protagonistes, les inspecteurs Ken Mizuguchi et Nao Inoue. Avant de s’écrouler, l’homme qui déambulait dans la rue a contaminé un passant et on comprend par l’intermédiaire du dessin que c’est sérieux.

Afin de commencer à enquêter, nos deux protagonistes vont rencontrer la famille de l’homme qui est décédé et, comme vous le voyez sur les images, on rentre vraiment dans une histoire très sombre. Un vrai thriller très noir, très violent. L’homme atteint du mystérieux virus était un homme très brutal et ses parents l’ont envoyé dans un centre pour soigner ses accès de violence. Dans le même temps, l’autopsie révèle qu’il était atteint de filariose, une maladie à parasite. Simultanément, alors qu’un des deux inspecteurs se rend chez le médecin légiste, il apprend que les vers qui étaient entrés dans le corps du premier homme décédé avaient fini par atteindre l’hypothalamus (une région du cerveau qui régit les désirs de base comme la faim et le sommeil) pour le dévorer et amputer la victime de ses désirs primaires. À force d’enquêter, Mizuguchi et Inoue trouvent le centre « médical ». Le père de la première victime de la filariose raconte à l’équipe de police qu’auparavant un homme riche l’a abordé pour lui faire part de sa volonté de purifier l’humanité de ses rebus en lui vantant les mérites de la lobotomie ! Pour lui, seule une opération du cerveau et un passage dans son centre peuvent traiter les individus les plus ignobles de la société.

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S’ensuivent des révélations incroyables sur les voyages de l’homme que le vieillard avait rencontré. Il est allé au Botswana, en Afrique, où il a découvert une tribu appelée « la tribu des borgnes » (car ils n’ont qu’un seul œil valide). Une sorte de communauté composée uniquement d’hommes réglés comme des machines qui n’ont aucune émotion, se lèvent, prennent leur déjeuner et travaillent toute la journée. Âmes sensibles s’abstenir, l’histoire continue et l’auteur nous montre que la petite amie de l’étudiant qui avait été contaminé par la filariose est elle aussi malade. Des moustiques sont en train de la piquer, et vous comprenez donc que la maladie va se propager à cause d’eux.

Dans le deuxième tome, l’enquête suit son cours et l’intrigue stagne un peu mais beaucoup de personnes sont contaminées par les moustiques qui résistent étrangement à l’hiver. Les images sont très gores et horrifiques et nous font penser aux mangas de Junji Ito (Spirale), un mangaka très actif dans les années 80-90 et considéré comme un maître de l’horreur.

Retrouvez ici notre critique du manga Frankenstein de Junji Ito

Dans le troisième et dernier tome de Manhole, une période d’accalmie fait baisser un peu les contaminations mais les enquêteurs, alors qu’ils font face à de nombreuses déconvenues, décident de demander l’aide d’un hacker. Ce personnage de hacker qui aide les policiers de manière un peu illégale, on le retrouve dans une des premières œuvres de Tetsuya Tsutsui, Reset. Il s’appelle Kitajima et vit dans l’ombre. C’est un personnage au caractère mi-fier mi-cool. Si on lit tous les mangas de Tsutsui, on comprend que parmi sa palette de personnages, Kitajima est son chouchou. Il apparaît dans Reset, Manhole mais aussi Prophecy. Il est intéressant de voir comment le mangaka « recycle » ce personnage auquel le lecteur apprend à s’attacher malgré sa fonction de Deus ex machina permanente.

Reset n’est pas mon manga préféré… Les dessins sont assez datés et l’intrigue tourne beaucoup en rond. Pour faire court, dans ce manga c’est l’histoire d’une banlieue japonaise défavorisée dans laquelle des gens jouent aux jeux vidéos pour oublier leur vie, si bien qu’elles ne savent plus dissocier le jeu de la réalité.

Grâce à l’aide du hacker de génie, l’équipe de police met la main sur le vieil homme qui s’était adressé au père de la toute première victime de la filariose (dans le tome 1). C’est un biologiste d’une soixantaine d’années qui était le grand-père d’une jeune fille qui a été enlevée et violée par un homme. On « comprend » alors les motivations de cet homme qui veut se venger sur tous les individus tordus qui prolifèrent dans la société. Tetsuya Tsutsui réussit encore une fois à nous mettre, nous lecteurs, face à un nouveau dilemme. Peut-on foncièrement détester quelqu’un qui veut venger les sévices qu’un membre de sa famille a reçu ?

La vision du monde de Tetsuya Tsutsui

Ayant lu tous les mangas de l’auteur, je dirais que ses thèmes de prédilection sont l’injustice sociale, la corruption, les dérives liées aux nouvelles technologies et la luxure. Par ailleurs, j’ai trouvé qu’il y a une sorte de « parti pris » féministe dans ses histoires. En effet, il y a toujours un « respect » de la parité homme / femme en tant que personnages essentiels. Dans tous ses mangas, on retrouve toujours un duo homme / femme, sauf dans Duds Hunt (où il y a quand même un protagoniste féminin). Tetsuya Tsutsui a une vision terre-à-terre de la société et il s’efforce de décrire les travers de l’Homme au fil de ses œuvres.

Mon avis

Globalement, les mangas de Tetsuya Tsutsui sont excellents, même si au début l’auteur n’avait pas trouvé son style et qu’il s’inspirait d’autres œuvres de la culture populaire (Matrix, Fight Club, etc). Avec Manhole en 2005 (il sera édité en 2016 en France), il signe une œuvre complexe, très aboutie artistiquement et toujours très en phase avec les problèmes de société comme l’injustice, la violence gratuite ou encore la pauvreté. En 2012, après une longue période d’absence, il publie Prophecy et Poison City et réitère en suivant ses thèmes phares et en osant dénoncer les politiques véreux et la censure. Dernièrement, avec Noise, il quitte les grandes villes pour faire le tableau de la campagne japonaise sur fond de guerre agricole.

Pour conclure…

Tetsuya Tsutsui, c’est un passage obligé pour tous les amateurs de mangas réalistes. Je le sais bien, il faut être bien accroché pour lire l’œuvre de ce mangaka discret. Mais si mon article vous a donné envie, je vous conseille de commencer doucement avec Poison City, sûrement le manga le moins virulent (dans le dessin et l’intrigue) de Tetsuya Tsutsui.

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